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Les enjeux psychosociaux liés au diabète : pistes de solution et traitement

Par Andrée Gagné, diététiste-nutritionniste et formatrice chez Universi-D


Comme discuté dans le précédent texte, la détresse liée au diabète touche une personne sur deux vivant avec le diabète et peut avoir des conséquences néfastes sur la santé mentale et physique des personnes atteintes. Heureusement, plusieurs options de traitement sont disponibles. Le type d’intervention dépend du problème à l’origine de la détresse ainsi que des caractéristiques et des préférences de la personne vivant avec le diabète. Des professionnels de la santé ne faisant pas partie de l’équipe de soins en diabète tels qu’un psychologue ou un travailleur social peuvent être impliqués.


Débutons par une information encourageante. Il est possible de prévenir la détresse liée au diabète. Pour ce faire, les personnes vivant avec la maladie doivent être sensibilisées à cet enjeu psychologique et incitées à développer une attitude proactive. Cela passe par la connaissance des signes précurseurs de la détresse et l’élaboration d’un plan en cas de détresse, conjointement avec un membre de l’équipe de soins en diabète.


Par ailleurs, il n’est pas toujours facile pour une personne vivant avec le diabète d’identifier le type de détresse à l’origine de son mal-être. Une pause s’avère parfois utile pour prendre conscience de ses émotions (ex. : frustration, peur, anxiété, tristesse, colère, irritation, lassitude, stress) sans se juger. C’est également l’occasion d’utiliser les stratégies du plan d’action. Par exemple, la personne pourrait se donner la permission de relâcher un peu certains aspects de son traitement en reconnaissant qu’il est impossible de viser la perfection en permanence. Outre son effet libérateur, une discussion avec un proche permet souvent de réduire le stress et procure le recul nécessaire pour mieux cerner les problèmes et envisager des solutions. Si l’état de mal-être persiste plus de deux semaines, il serait indiqué d’aborder la question avec un membre de l’équipe de soins en diabète.


À l’aide du questionnaire DDS17 intitulé Échelle d’évaluation de la détresse liée au diabète 1, le professionnel de la santé peut dépister la présence de détresse liée au diabète et déterminer le.s type.s de détresse impliqué.s. Si nécessaire, il réfère la personne vers les ressources appropriées.


Le questionnaire devrait être administré sur une base régulière et plus spécifiquement au moment du diagnostic de diabète, lors de modifications au traitement, du développement de complications ou d’un épisode de maladie.


Certaines pistes de solutions 2 sont proposées aux personnes vivant avec le diabète selon le type de détresse impliqué :


1. Fardeau émotionnel de la maladie

  • ­Le fait d’exprimer ses émotions produit souvent un effet libérateur, réduit le stress et procure le recul nécessaire pour mieux cerner les problèmes. Cela suppose le choix d’un interlocuteur déjà sensibilisé à la réalité du diabète et empathique. Une personne pourrait opter pour une de ces stratégies en fonction de ses besoins et des circonstances :

o Parler avec un membre de sa famille ou avec un ami proche et lui confier ce qu’elle ressent vraiment au sujet du diabète. Les difficultés rencontrées dans la gestion du diabète devraient aussi être abordées. La personne peut aussi spécifier le type d’aide dont elle a besoin.


o Discuter de ses émotions avec son équipe de soins : ces derniers peuvent la guider dans l’adoption de stratégies d’adaptation efficaces ou l’orienter vers des services de soutien.


o Échanger avec d’autres personnes vivant avec le diabète.

  • ­Consacrer du temps à réaliser des activités plaisantes sur une base quotidienne mobilise son intérêt et son énergie afin de donner un répit au diabète et à son traitement.



2. Détresse liée à l’autogestion du diabète

  • ­Améliorer ses connaissances et ses habiletés en lien avec différents aspects du traitement du diabète, en participant à des activités éducatives structurées telles que des cours donnés par des professionnels de la santé, augmente la confiance en soi et le sentiment d’efficacité.


  • ­Doser ses efforts : dresser une liste des tâches à réaliser quotidiennement pour gérer le diabète et accomplir une seule tâche à la fois.


  • ­ Utiliser les connaissances acquises pour apporter des changements positifs : fixer des objectifs réalistes qui tiennent compte de ses limites et de la nature chronique du diabète.


  • ­Recourir à des stratégies pratiques pour réduire le fardeau émotif du diabète : par exemple, considérer les valeurs de glycémie comme une information « neutre » qui aide à la prise de décision plutôt que de se culpabiliser lorsque le résultat est élevé.


  • ­Accepter l’aide de ses proches pour la gestion du diabète en leur précisant d’abord quand et comment ils peuvent être utiles.



3. Stress lié aux relations sociales

  • ­Déterminer les alliés parmi les membres de la famille et les amis : ces gens sont aptes et désireux d’apporter un soutien quant aux soins du diabète et ce, au moment opportun.


  • ­Identifier également les proches qui ne sont pas aidants ou dont le soutien est maladroit : exprimer les émotions ressenties et le souhait d’obtenir plus de support de leur part.

o Si cette démarche est infructueuse auprès d’un proche qui nuit sérieusement au contrôle de son diabète, vérifier si un membre de

l’équipe de soins accepterait de rencontrer cette personne lors d’une prochaine visite de suivi.



4. Stress lié à la relation avec son médecin

  • ­Exprimer ses besoins et ses priorités au médecin.


  • ­Se préparer en vue du rendez-vous médical de suivi : mettre par écrit la liste de ses questions et de ses préoccupations.


  • ­Envisager la possibilité de se faire accompagner par un membre de la famille qui pourrait nous aider à communiquer plus efficacement avec notre médecin.


  • ­En dernier recours, si la situation ne s’améliore pas, vérifier si un changement de médecin est possible.


La détresse liée au diabète affecte négativement la santé psychologique et physique des personnes qui en sont atteintes. Ces dernières sont par ailleurs plus susceptibles de souffrir de dépression avec l’augmentation du fardeau lié au diabète. Elles devraient donc être sensibilisées aux signes et symptômes de la dépression afin d’obtenir rapidement de l’aide au besoin. Également, les professionnels de la santé devraient inclure l’administration sur une base régulière des tests de dépistage de la dépression et de la détresse liée au diabète dans le plan de traitement. Ces tests fournissent une opportunité d’engager un dialogue avec le patient afin d’évaluer les impacts du diabète sur sa vie et d’identifier tout autre problème pouvant affecter le traitement du diabète (ex. : conflits au travail, soucis financiers, etc.).


Il semble que l’intervention d’un professionnel de la santé qui écoute la personne vivant avec le diabète et qui comprend, reconnaît et normalise la détresse liée au diabète soit aussi efficace que la participation à des programmes visant spécifiquement le traitement de la détresse diabétique 3. Cette intervention libérerait la personne des contraintes qu’elle s’est elle-même imposées pour le traitement du diabète. Ce constat ne s’applique pas aux cas de détresse sévère.


Des approches novatrices de traitement sont actuellement à l’étude et montrent des résultats encourageants. Notamment, une formation sur l’auto-compassion en pleine conscience a produit une diminution de la détresse diabétique et réduit l’A1C. Quelques études récentes suggèrent que la détresse diabétique chez l’adulte serait significativement liée à sa capacité de réguler ses émotions. Les chercheurs travaillent sur un outil qui permettrait d’identifier les individus qui éprouvent des difficultés à cet égard. Ces personnes pourraient ainsi bénéficier d’une intervention ciblée qui, espèrent-ils, s’avérerait plus efficace.


La détresse liée au diabète mine la santé et la qualité de vie de plusieurs personnes vivant avec cette maladie chronique. Les professionnels de la santé n’accordent souvent

pas à ce problème l’attention qu’il mérite par manque de temps mais également parce qu’ils se sentent démunis pour intervenir ou que les ressources en santé psychologique ne sont pas disponibles. Un travail de sensibilisation des décideurs publics s’impose dès maintenant afin que la détresse diabétique soit reconnue au même titre que les autres complications du diabète et que des budgets soient débloqués en conséquence.


1 http://behavioraldiabetes.org/xwp/wp-content/uploads/2015/11/DDS-French-Canadian-March-2014.pdf


2 https://www.cdc.gov/diabetes/managing/diabetes-distress/ten-tips-coping-diabetes-distress.html


3 Fisher L. et collaborateurs. REDEEM: A Pragmatic Trial to Reduce Diabetes Distress. Diabetes Care 2013; 36:2551–2558.

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