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Les technologies de communication et l’évolution du traitement à distance

Par Mariepier Daneau, communicologue


Les technologies de communication sont partout. Au cours du dernier siècle, on a assisté à l’apparition d’une panoplie d’appareils modifiant nos façons d’interagir avec notre entourage. Ces nouveautés communicationnelles ont eu des répercussions dans divers domaines, notamment dans celui de la santé. Le fait de ne plus avoir à se rencontrer en personne pour communiquer a mené au développement de ce qu’on appelle la télémédecine. Appels téléphoniques, échange de courriels, visioconférences et applications mobiles : quelles sont les implications de ces technologies dans le traitement du diabète?


La télémédecine : qu’est-ce que c’est?


La télémédecine réfère au fait de prodiguer un suivi médical à distance, en utilisant les technologies de communication. Elle se décline de plusieurs façons : la télésurveillance (souvent appelée télémonitoring), la téléexpertise et la téléconsultation. D’autres formes de télémédecine peuvent aussi exister. Qu’est-ce qui les distingue?


La télésurveillance consiste au fait de mesurer divers indicateurs, comme la glycémie, l’hémoglobine glyquée, la pression artérielle, le rythme cardiaque et autres par le biais de technologies capables de collecter ces données et de les transmettre à l’équipe soignante. Cette dernière peut alors surveiller l’état de santé général du patient, alors que celui-ci se trouve chez lui. Les données sont récoltées par des appareils (ex : lecteur de glycémie) ainsi que par des questionnaires remplis par la personne diabétique. L’information peut aussi provenir d’applications mobiles, comme dans le cas des carnets de glycémie électroniques.


La téléexpertise est utilisée entre les professionnels de la santé. Lorsqu’un médecin a besoin d’une seconde opinion concernant le cas d’un patient, il peut facilement transférer des résultats d’analyse à un collègue ou encore sonder d’autres experts en utilisant la visioconférence.


Finalement, la téléconsultation réside simplement dans le fait pour un patient et un médecin de se rencontrer, sans pour autant être physiquement au même endroit. La consultation médicale se fait au téléphone ou par vidéo.


Des exemples d’application de la télémédecine


Plusieurs études ont été réalisées afin de voir si des projets de télémédecine étaient facilement implantables et si ceux-ci avait un impact positif sur la communauté diabétique.


Le projet TIM-HF2 était un programme de télésurveillance non-invasif qui mesurait le pouls, la glycémie et le poids du patient. Tous ces éléments étaient continuellement et automatiquement envoyés à l’équipe traitante. La personne diabétique était suivie par appel téléphonique une fois par mois, mais pouvait appeler son équipe à n’importe quel moment en situation d’urgence. L’équipe de soins qui avait été mise sur pied était à la disposition des patients en tout temps : elle restait présente dans une unité de coordination et s’occupait en temps réel des changements de médication ou des admissions à l’urgence.


TELESAGE est une autre étude réalisée auprès d’adultes vivant avec le diabète de type 1 et ayant un taux d’hémoglobine glyquée supérieur ou égal à 8 %. Les participants devaient utiliser le logiciel Diabeo™, qui recommandait les doses d’insuline à utiliser en fonction des données récoltées. Encore une fois, tous ces renseignements étaient communiqués à l’équipe soignante. Les participants avaient été séparés en deux groupes. L’un avait droit à des suivis réguliers aux deux semaines par téléconsultation, l’autre utilisait simplement l’application mobile. Bien que le taux d’hémoglobine glyquée se soit amélioré dans les deux cas, on a remarqué que les participants ayant eu recours aux téléconsultations avaient connu une plus grande amélioration sur une période de six mois.


La recherche DIABETe visait quant à elle à explorer le potentiel de la télémédecine dans la prévention de la décompensation du diabète. Dans ce cas-ci, l’application MyPredi™ se servait de l’intelligence artificielle pour détecter les anomalies glycémiques et prévenir la personne diabétique, ainsi que son équipe de soin, via un système d’alerte. Le tout fonctionnait grâce à des outils de mesures non-invasifs, une tablette électronique et du Wifi. Encore une fois, toutes les données étaient stockées dans un serveur, accessible à distance par les médecins et infirmières.


Un autre projet de coaching au téléphone par un pair a été mis au point afin de mesurer l’impact d’un suivi médical et émotionnel personnalisé sur l’adhésion au traitement à long terme. Cette initiative est née suite à la constatation que plusieurs personnes diabétiques de type 2, après avoir démontré plusieurs mois de rigueur dans la gestion de leur diabète, avaient de la difficulté à demeurer engagés dans leur traitement. Un simple coup de téléphone occasionnel de la part d’un coach en diabète (une autre personne diabétique de type 2, un proche d’une personne diabétique ou encore un spécialiste d’enseignement de l’autogestion) a provoqué une série d’améliorations sur la santé des participants.



Quels sont les avantages d’une telle pratique dans le traitement du diabète?


Concrètement, les études sur la télémédecine en diabète ont rapporté une foule de bienfaits sur la santé des gens. On a assisté à une réduction du taux d’hémoglobine glyquée, à une augmentation de la fréquence de mesure de la glycémie ainsi qu’à une augmentation du temps consacré à l’activité physique. On a également recensé une meilleure alimentation chez les participants qui ont bénéficié d’activités de télémédecine, en comparaison avec les gens qui avaient des suivis occasionnels en personne. La télémédecine semble donc faciliter les changements d’habitudes de vie et augmenter la motivation des personnes vivant avec le diabète. De plus, comme l’utilisation des technologies permettent plus de précision, les recommandations médicales peuvent être davantage personnalisées.


D’autres bienfaits recensés sont l’agentivité accrue des personnes diabétiques face à la maladie, une meilleure adhésion au traitement, une réduction des complications à long terme et une meilleure qualité de vie générale. On a aussi pu constater que les individus ayant recours à la télémédecine avaient des communications plus fréquentes avec leur équipe soignante et bénéficiaient donc d’une meilleure prise en charge. Finalement, on remarque que le processus de télécommunication fait diminuer le temps passé dans les centres médicaux.



Le traitement à distance pour tous, est-ce une avenue réaliste?


Serait-il possible de profiter de cet encadrement dès demain? Probablement pas, du moins pas entièrement. Un tel système n’est toutefois pas impossible à implanter. D’ailleurs, les Pays-Bas ont déjà instauré un système de télémédecine facilitant la prise en charge du diabète, en appliquant diverses des techniques énumérées plus tôt (accès continu aux données, rencontres vidéo, équipe accessible en tout temps, etc.). Même si nous n’avons pas accès à un suivi de la sorte, les technologies communicationnelles intègrent graduellement le protocole de prise en charge de la maladie et sont de plus en plus utilisées. Beaucoup de personnes diabétiques ont déjà recours à des appareils de mesure sophistiqués ou à des applications mobiles, et le partage de données avec l’équipe de soin demeure une possibilité. Les recherches suggèrent toutefois que l’apprentissage des applications mobiles sur le diabète devrait désormais faire partie intégrante de l’enseignement donné aux personnes diabétiques, considérant qu’elles simplifient grandement l’autocontrôle au quotidien.

Bref, les effets sur le contrôle glycémique et la réduction des coûts associés au traitement du diabète montrent que nous aurions avantage à investir dans la télémédecine. Cette dernière peut contribuer à l’éducation sur la maladie, inciter les gens à suivre leur traitement adéquatement et élargir l’accès aux professionnels de la santé.



Littérature consultée :

Andrès, E. et al. (2019). State of Art of Telemonitoring in Patients with Diabetes Mellitus, with a Focus on Elderly Patients. Geriatric Medicine and Gerontology.


Andrès, E. et al. (2019). Telemonitoring in diabetes: evolution of concepts and technologies, with a focus on results of the more recent studies. Journal of Medicine and Life, 12(3), 203–214.


Benhamou, P. et Lablanche, S. (2018). Diabète de type 1 : perspectives technologiques. MCED, 92, 11-15.


McGowan, P., Lynch, S. et Hensen, F. (2019). The Role and Effectiveness of Telephone Peer Coaching for Adult Patients With Type 2 Diabetes. Canadian Journal of Diabetes, 1-7.


Kebede, M. et Pischke, C. (2019). Popular Diabetes Apps and the Impact of Diabetes App Use on Self-Care Behaviour: A Survey among the Digital Community of Persons with Diabetes on Social Media. Frontiers in Endocrinology, 10(135).

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